Pas d'équerre

09 août 2009

Déménagement

C'est par ici que ça se passe, maintenant

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18 juillet 2009

R.A.S. mais une playlist

Pas de neuf depuis longtemps sur ce blog, on verra dans les prochains jours. Le dernier billet remonte à l'affaire Gasquet, soit deux mois et demi, puisque c'est la sanction qu'il vient de recevoir et de purger préventivement, bientôt de retour sur les courts, ça fait plaisir.

Une petite nouveauté quand même. J'ai réussi, tout seul comme un grand ; non, en lisant ce blog tout spécial, à importer un lecteur deezer. Du coup, je vous offre une petite playlist jazz. Je l'alimenterai petit à petit. On commence par deux morceaux de Archie Shepp, Ahmad Jamal et Yusef Lateef, puisqu'ils seront tous les trois, ensemble, à la Villette le 13 septembre. Excusez du peu, pour la même scène... Alors régalez-vous. Je suis de bonne composition, j'ai même ajouté un double hommage à M. Jackson, oui, moi ! Le premier, c'est Human Nature, reprise par Miles Davis. Et le deuxième, c'est un titre de MILT Jackson, eh oui... un jazzman. Enjoy...

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11 mai 2009

Pour un génie kamikaze - Richard Gasquet

richard_gasquet

David Nalbandian s’en souvient-il ? Moi-même j’ai la mémoire qui déraille, mais il a été tiré par les cheveux qu’on devait le mettre au singulier, ce rail. Etait-ce en 2004 à Roland Garros ? ou en 2006 ? Etait-ce bien, au moins, contre David Nalbandian ? Je ne suis sûr de rien, parce que ce n’est qu’anecdote. L’essentiel : ce qui s’est passé ce jour-là. Tu avais perdu, Richie, quelle importance ? Une seconde avait suffit à révéler ta vraie nature… non pas un point… un coup, un seul et chacun pouvait voir très clair dans ton jeu. L’échange est mal embarqué, les amarres sont larguées, tu prends le large irrésistiblement et gagnes les bâches pendant que ton adversaire distribue les pieds dans le terrain, c’est d’ailleurs ce que tes meilleurs fans te reprochent inlassablement, d’être si loin de ta ligne de fond. On t’a perdu, on ne te voit plus, mais tu renvoies encore la balle, jusqu’à ce que David prenne le dessus, définitivement. C’est du moins ce qu’il semblait, ayant vu sortir le balle très loin côté revers alors que nous sommes toujours sans signe de vie de toi, Richie. Au mieux, tu sauras faire un pitoyable lob dont se régale déjà ton adversaire, à moins que tu ne te laisses tenter par un passing désespéré en forme de menace de mort pour l’arbitre de chaise, ou tout simplement es-tu déjà allé te placer pour le point suivant. Pas du tout ! Tu es sur la balle, tu la joues… et comment ! En effet, la balle revient, flottante – qu’est-ce que ? Elle retombe à moins d’un mètre du filet, et un effet rétro slicé la propulse dans le couloir après rebond : injouable. C’est le premier passing amorti de l’histoire du jeu. Le dernier aussi. Le seul. David n’en revient pas de ce coup de géant.

 

Evidemment, il est facile de « voir » le génie à l’œuvre. Ce n’est en comprendre que la moitié, donc rien. Ce que tu as fait là est parfaitement absurde. C’est même d’une stupidité ahurissante. Quitte à remettre la balle en jeu, la probabilité que l’adversaire rate une volée ou un smash facile est sans commune mesure avec celle de réussir un tel coup inédit et impossible. Ce que tu as tenté, c’était le pire choix possible. Là est le génie. Il ne suffit pas d’avoir un talent fou, il faut encore l’utiliser de manière complètement absurde. Voire kamikaze. Tous les génies sont kamikazes, ils sont kamikazes parce qu’ils sont géniaux, ils ne peuvent y échapper. L’autodestruction est le pendant de la création. Le sacrifice rend l’œuvre acceptable. L’échec est indispensable au génie, ce qui est appelé réussite étant toujours l’efficace, le rationnel, le raisonnable, le normal, le comptable, tout ce que le génie ne peut pas supporter.

 

C’est pour ce geste – je le sentais en toi depuis le premier match sur le circuit à Monte Carlo – que je t’admire toi, le génie kamikaze qui n’a rien des gladiateurs qui peuplent ce milieu du sport de haut-niveau, fer de lance de nos sociétés modernes industrialisées pitoyables. Aujourd’hui, ta Chute t’offre le 20h. Extraordinaire !

 

On a vendu Coluche comme une lessive, on t’a vendu comme un messie. Ils n’ont pas compris que la bonne nouvelle que tu apportais était celle de leur mort. Alors, évidemment, tu les as déçus, les bougres et ils ont fait de toi leur tête-de-turc. Tout est allé de travers. Ah ! bien sûr, tu étais le « jeune prodige », le « petit Mozart », et l’inconscience t’a permis de produire, si j’ose dire, le tennis-champagne pour battre Federer. Mais les blessures… mais les défaites… mais la réalité du sport de haut-niveau. Bon, OK, tu peux battre deux ou trois frenchies et sortir un bon match contre Roddick à Wimbledon (un bon match ? ahurissant, oui !), mais rien n’y fera, tu seras toujours décevant. Le plus ahurissant, c’est que ce sont tes fans que tu déçois le plus. Moi-même, j’ai été souvent déçu par toi. Quelle leçon tu me donnes ! Merci !

 

Je plaide coupable, mais sans doute me reconnaitras-tu des circonstances atténuantes. Ah ! Le plus beau revers qui soit, c’est bien le tiens. M’enfin ! C’est toi qui « joues comme un super héros » ! Et dire que pour chanter ainsi ta gloire, il a fallu qu’il te batte le Nando… Et ce match héroïque contre Hewitt ? Quelle belle défaite, encore ! Et contre Murray, quelle démonstration pendant trois sets (moins un jeu) ! Personne ne sait perdre comme toi. C’est un compliment venant de moi, je dois le préciser. Je ne parle que de défaites parce qu’il serait un peu facile d’avancer les victoires pour te prouver que tu m’as fait rêver. Non ! Même (surtout ?) tes défaites sont glorieuses.

 

       Certes, des défaites piteuses il y en eut, mais tu arrivais toujours à te retourner. La mousse sur le terrain, les ramasseurs de balle, les deux gugusses qui tapent contre la vitre d’un court couvert anglais et néanmoins improbable, pourquoi pas le nombre de hérissons morts croisés sur la route ou la politique étrangère de la Moldavie… tout était bon pour servir de faux-fuyant. Comme tu as raison de fuir ! Il faut être humain, trop humain pour se vautrer dans ce monde compétitif jusqu’à plus-soif. Tu es surhumain, toi. Ta place n’est pas dans l’arène, mais dans la Montagne.

 

Et pourtant, tu as tant essayé d’y entrer dans l’arène ! Tu as par exemple deblickerisé ton jeu. Chez tes fans, c’est la division entre ceux qui saluent cette recherche de stabilité et ceux qui regrettent le jeu moins stéréotypé d’antan. Mon avis : tu as ce qu’il fallait faire pour réussir dans ce milieu, mais tu es trop fort pour réussir. Aller contre-nature, ça se paye. Je crains que tu ne l’aies payé physiquement et moralement. Tu n’as plus exprimé que ton besoin de prendre des distances après le Masters 2007. Que c’était triste ! Tu manquais d’air, au contraire des commentateurs qui ne manquaient pas non plus d’occasions pour t’enfoncer. Quelques SMS et ton compte fut bon. Tu n’allais pas te laisser abattre pour si peu. Après la crise, une nouvelle bonne décision : changer d’entraîneur et choisir Guillaume Peyre (quel hasard ). La fin de saison ne fut peut-être pas à la hauteur des attentes, mais tu étais reparti du bon pied. Nous attendions tous 2009 avec impatience. En 2009, le niveau de jeu était là, mais le corps a parlé. Le corps est souvent obligé de hurler ce que l’esprit veut censurer. La maladie est à prendre comme une bénédiction.

 

Et voilà l’invraisemblable dépêche ce samedi 9 mai. Gasquet positif à la cocaïne. Non ! Stupéfiant. Cette fois-ci, tu as tout le monde contre toi. On a même trouvé un sacré Monsieur Propre en la personne d’Henri Leconte. Les chantres des « valeurs du sport » (sic), les moralisateurs du dimanche – en fait ce sont les mêmes et je peux arrêter l’énumération, ils constituent l’écrasante majorité de la population. Le lynchage médiatique que tu as connu jusque-là fera désormais figure de mauvaise blague, tu changes de catégorie. Et moi, je persiste dans mon admiration, plus que jamais.

 

Car, il faut le dire, les circonstances de cette Chute sont gasquetiennes à fond. Tu es blessé, tu déclares forfait, tu sors en compagnie de je ne sais quel frenchanteur à la mode, et le lendemain tu es contrôlé… positif. Evidemment, à l’ATP, on va considérer ce contrôle comme « en compétition » puisque le tournoi avait débuté. Ce n’était que toi qui étais hors jeu, et pour un mois. La cocaïne n’avait aucune chance d’améliorer quelque performance que ce soit. Reste la question : la prise est-elle volontaire ou non ? Involontaire, outre que cela réduirait ta suspension si tu pouvais apporter des éléments l’indiquant, l’affaire serait encore plus extraordinaire. On ne serait même plus dans la classique autodestruction. Ce serait un cas de non-assistance à autodestruction en danger. Encore de l’inédit. Quel autre signe faudrait-il pour montrer que non, tu ne seras jamais le winner tant rêvé ? Il y aura toujours des obstacles. Le public ne te comprendra jamais. Ah ! je t’imagine abattu comme jamais. Et pourtant quelle preuve de ta grandeur ! S’il faut de tels obstacles pour t’abattre, c’est bien que tu n’es pas le premier venu. Le bâton est monstrueux parce que la roue est géante.

 

Je ne sais pas comment tu vas relever le défi auquel tu dois te mesurer désormais. Je sais que tu le relèveras. Prends cette lettre ouverte comme un immense MERCI pour l’ensemble de ton œuvre tennistique et humaine, et un non moins immense BON COURAGE pour la suite, évidemment. Sinon, à quoi servirait qu’un ahuri ait bâti une philosophie sur l’idée suivante : tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ?

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07 avril 2009

La journée de la jupe

ceci_n_est_pas_une_pute


Ceci n'est pas une pute




Quelques mots sur ce film qui fait presque plus débat pour sa programmation sur Arte avant sa sortie en salles que pour son sujet. A la rigueur, on parlera du retour d'Isabelle Adjani, en s'offusquant bien entendu de la trouver bouffie ou je ne sais quoi. Tout sera bon pour ne pas évoquer le fond. C'est un film très dur, non pas pour ce qu'il raconte - une prise d'otages qui tourne évidemment mal - mais pour son message. On navigue dans les eaux d'Entre les murs, film plébiscité par les uns, les autres, et les troisièmes pour des raisons qui m'apparaissent clairement obscures (oui, je m'autorise cette revanche sur Corneille, je me comprends). A mes yeux, Entre les murs montrait le summum de la compromission, de la démission et devait à ce titre percuter. Au lieu de cela, et jusqu'au réalisateur lui-même, il a été salué parce qu'on eut aimé que nos enfants fussent dans cette classe (Y a-t-il un professeur de français sur ce blog ?). Résumons-nous : salué au nom de la démission et de la compromission, car même si elle n'est souvent pas vue en tant que telle, c'est bien à cela que nous assistons. Au mieux elle est revendiquée, au pire elle n'est même pas perçue. Nous allons droit dans le mur.

La confirmation nous vient de La journée de la jupe. Cette fois-ci, l'enseignant, qui est une enseignante, est l'anti-Bégaudeau. Elle passe pour raciste, psychorigide, et peut-être égorgeuse d'enfants lors de son temps de loisir, mais il n'y a pas de preuve. Elle n'est prête à aucune compromission, et est la dernière à résister. Cela n'en rend pas son cours plus bénéfique : elle ne peut de toute façon pas travailler, pas plus que notre ami Bégaudeau. Au moins ne passe-t-elle pas par pertes et profits certains détails intra muros (l'identité de ceux qui arrêtent Anne Frank, l'inutilité de l'Autriche, ...). Mais elle peut bien s'époumonner, ce qui en sort ne tombe que dans l'oreille de sourds.

Arrive donc le moment où elle découvre une arme à feu dans le sac d'un élève, c'est la panique, elle s'en empare, et prend une partie de sa classe en otage. Elle va enfin pouvoir faire un cours de français, et régler leur compte aux mentalités racistes et misogynes qui sévissent dans sa classe. Et donner comme revendication l'instauration d'une journée de la jupe pour que les femmes portant des jupes ne soient plus considérées comme des putes.

Que penser de ce film ? Qu'il faut se saisir de la question au plus vite, car le bord du gouffre, nous y sommes. La France n'existe plus comme pays, l'Ecole, la République, la démocratie, tout part à vau-l'eau. Le constat ne date pas d'hier, mais seuls des fossiles y apportent leurs réponses, qu'ils soient soixante-huitards ou anti-soixante-huitards. La nuit risque d'être longue et froide. Mais enfin l'oiseau de Minerve, tout ça...

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03 avril 2009

Durch Leiden Freude

Il est beaucoup question de jazz et de Marc-Edouard Nabe sur ce blog, ces derniers temps. C'est lui, et Siné, d'ailleurs, qui m'a donné l'envie d'écouter du jazz, par ses textes éblouissants - ceux que j'ai pu lire car c'est la croix et la bannière pour se les procurer - comme La Marseillaise (à propos d'Albert Ayler) et Nuages (sur Django Reinhardt). En fin de compte, ce sont Philippe Val, Claude Askolovitch et Patrick Gaubert que je dois remercier puisqu'en jetant leur dévolu sur Siné l'été dernier, ils ont remué un couteau dans une plaie qui est celle du cirque médiatico-politique. De là j'ai pris Siné plus au sérieux, peut-être, et me suis réellement plongé dans la pensée nabienne. Et c'est ainsi...

J'étais moi-même dans une évolution qui me portait tout naturellement à me jeter dans la gueule du loup nabien, mais peut-être serais-je passé à côté sans ce grotesque épisode. J'avoue que cela me fait froid dans le dos. Je n'en pouvais plus du pop-rock que j'écoutais depuis des années, j'ai cherché, avant, ailleurs, j'ai trouvé (le métissage qawwali - flamenco par exemple, extraordinaire). Il manquait quelque chose. Je suis tombé dans le jazz. Ecouter du jazz me fait comprendre Nabe ; lire Nabe me fait comprendre le jazz ; lire Nabe en écoutant du jazz me permet de me comprendre moi-même.

Beethoven, par exemple. Toujours été fasciné par l'homme, meurtri par sa musique. Le romantisme d'une manière générale. Celui du XIXe siècle évidemment, pas les niaiseries avec les acteurs à la mode. Je suis complètement débordé par l'invraisemblable violence du monde qui m'est insupportable ; celle dont se plaignent Goethe, Tourgueniev, Dostoïevski, Flaubert et les autres.

Ah ! ce ne sont pas vos grandes et rares catastrophes, ces inondations qui emportent vos villages, ces tremblements de terre qui engloutissent vos villes, qui me touchent : ce qui me mine le cœur, c’est cette force dévorante qui est cachée dans toute la nature, qui ne produit rien qui ne détruise ce qui l’environne et ne se détruise soi-même… c’est ainsi que j’erre plein de tourments. Ciel, terre, forces actives qui m’environnent, je ne vois rien dans tout cela qu’un monstre toujours dévorant et toujours ruminant.

Goethe - Les Souffrances du jeune Werther.


Mais il y a une profonde morbidité dans ce romantisme, elle-même insupportable. J'aime lire ces témoignages de lucidité ; je ne sais me résoudre à accepter l'amère constat. J'en reviens donc à Ludwig van. Lui qui écrivit : Muss es sein ? Es muss sein ! comme une force poussant à l'action. Une de ses devises : Durch Leiden Freude (la joie à travers la souffrance) qui n'est certes pas un slogan sado-maso, mais le programme de ralliement de tous ceux qui aspirent à autre chose que l'imbécilité heureuse. Nabe : "Tous ceux qui sont dans la vie comme un poisson dans l'eau noient le poisson".


La question est : Beethoven a-t-il réussi ? La Neuvième ? Vraiment ? Rah ! Je ne sais pas. Peut-être. Je doute, et pourtant ma vénération pour Beethoven est sans limite et j'aimerais pouvoir lui accorder cela. Je n'en suis pas certain. Et Nietzsche ? En voilà un autre, icone iconoclaste, dieu athéologue... au même rang que Ludwig van dans mon Panthéon personnel. Lui a réussi. Oui. Il a réussi à plonger ses racines suffisamment profondément et les étaler si loin autour du tronc que l'arbre qu'il est atteint les cimes vertiges. Son écriture est pleine de cette jubilation, de cette santé, lui le grand malade. Il a réussi. Et c'est d'un côté ce qui m'a si lontemps fasciné, et de l'autre laissé perplexe, incapable que j'étais de comprendre.


Nabe et le Jazz m'ont apporté l'éclairage nécessaire. Nabe est de la même trempe : un génie qui détruit tout sur son passage. Tout. Certes pas pour détruire, dans une espèce de nihilisme bien contemporain de la débâcle occidentale. Non, il détruit au nom de quelque chose. Au nom de la vie contre la mort ; au nom de l'Art, contre la culture ; au nom de la Poésie. C'est un mystique, un théologien, un prophète. En revoyant son passage chez Pivot en 1985, j'ai été amusé de voir qu'il épargnait deux catégories : les noirs, les femmes. J'ai toujours pensé ça également. En fait, j'aurais tendance à élargir à toutes les victimes, à tous les perdants. Mais parmi eux : même choix.


Je ne voudrais pas m'égarer, et j'en arrive donc au jazz. Le jazz a réussi quand je doute que Beethoven y soit parvenu. Le jazz est si profond. Je rappelais que Nietzsche disait qu'on écoute avec ses muscles (il disait aussi qu'on pense avec ses pieds, et ces deux idées suffisent à indiquer la portée de son oeuvre) ; pour le jazz, on écoute d'abord avec les tripes. Cette musique ne vient pas de nulle part. Elle est chargée, chargée du poids de l'histoire, chargée de toutes les souffrances d'un peuple, de l'universalité de la souffrance. C'est en vain que l'on voudrait venir à bout de ses racines. La tristesse est à son comble. Mais le jazz a aussi cette légèreté qui vient non pas annuler, non pas contredire, mais dépasser, surmonter sa lourdeur. C'est juché sur une montagne de cadavres qu'Ahmad Jamal donne sa fête. Car il n'y a pas plus festif que le jazz : le finale de Devil's in my den, de Human Nature du grand Miles suffiront à prouver ce que j'avance. Ecoutez ce fantastique morceau de Sidney Bechet, à rendre fou : Blues My Naughty Sweetie Gives To Me. Et dites-moi si ce ne sont pas toutes les larmes du monde qui font la fête ces cinq minutes durant. Existe-t-il un équivalent ? Le jazz - meilleur antidote à la superficialité ambiante. La lueur d'espoir.

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24 mars 2009

Obama ? No, I can NOT

Manifestement, ce que j'ai dit, à la dérobée à chaque fois, sur Obama en étonne plus d'un. Alors je vais essayer de regrouper ce que je pense sur le sujet, afin que ce soit peut-être mieux compris. Je voulais le faire, au moment de son élection. Mais je me suis aperçu que j'avais été doublé par Marc-Edouard Nabe qui y avait consacré son dernier "Tract", intitulé Enfin Nègre ! Or, ce qui est écrit dans ce tract, je le pense aussi, bien que parfois ce soit difficile à admettre. Par exemple, puisque cette remarque m'a été faite, sur Abd al Malik : je l'aime bien, et sa musique avec, et en particulier son exigence littéraire et artistique alors qu'il est plus souvent convenu dans le rap d'afficher des grosses voitures et des filles dessus, dedans, à côté, peu importe ; mais Nabe a malheureusement raison sur son rôle de berger aux ordres d'une méprisable "intégration républicaine" (tu parles). Bref, je crois avoir donné le lien du tract, et ça m'évitait d'en parler.

Finalement, que puis-je reprocher à Obama ? Pas grand chose. Politiquement, ce n'est pas mon trip. Moi je suis anti-capitaliste, alors Obama, Clinton, McCain, Bush... quelle différence ? A la limite, vous pouvez tenter de les ranger en deux catégories, les marchands de sparadrap ® d'un côté et les marchands de mercurochrome ® de l'autre... mais ça fera une belle jambe de bois aux éclopés, de plus en plus nombreux, de ce système. En gros : aucun intérêt. De toute façon, le pouvoir échappe aux politiques, et c'est la raison de cet extrême-centrisme, c'est ce qui rend les gugusses interchangeables. Sarkozy peut bien faire son gouvernement photogénique, il sait très bien que les ministres ne feront rien. Dati n'a pas été choisie pour sa compétence, mais plutôt pour son incompétence, et le fait que... Ceux prétendument de gauche qui rejoignent Sarkozy n'ont rien à trahir. Il n'y a plus d'industrie nationale, alors que voulez-vous que les politiques fassent contre Big Moustache ? Les actionnaires décident et puis c'est tout. Ah, nos amis font le G20, et ils vont s'attaquer aux paradis fiscaux. On va voir ce qu'on va voir. Le premier paradis fiscal est Londres. Faut être sérieux deux minutes. L'eurogroupe est dirigé par le premier ministre luxembourgeois. Ahaha. Bref, économiquement, il n'y a rien à attendre de quelque politique que ce soit. Obama ou un autre, c'est pareil. Mais si vous voulez, ça explique que je n'ai aucune admiration pour Obama, et que je n'attends strictement rien de lui.

Au niveau de la politique extérieure maintenant. Je ne vois aucune inclinaison positive. Le départ d'Irak était déjà prévu et j'attends de voir. L'Afghanistan, allons-y gaiement. S'il venait à laisser l'Iran tranquille, ce serait parce que le zouave Brzezinski veut toujours placer ses pions autour de la Russie et donc qu'il vaut mieux avoir l'Iran comme allié. Donc le Pakistan en ferait les frais. Dans les faits, tout se poursuit tout à fait logiquement. Et c'est normal, c'est la realpolitik. Je ne vois pas pourquoi les USA ne défendraient pas leurs intérêts. Il ne faut pas compter sur moi pour cautionner ça, en revanche. Qu'Obama montre un visage moins agressif que Bush est une chose. Que sa politique soit vraiment différente en est une autre à laquelle je ne crois pas une seconde.

Il m'est demandé si je préfère quand même Obama à Bush. C'est le genre de question qui ne se pose pas. Ne serait-ce que pour la prestance intellectuelle, enfin il y a un monde entre les deux. Mais quand bien même Obama serait super gentil et super intelligent et Bush très très méchant et stupide, ce n'est pas là l'essentiel. Nombreux sont ceux qui prétendent par exemple que DSK aurait été très bon président mais que Ségo est une catastrophe. Mais ces deux-là auraient conduit exactement la même politique : leur niveau de culture, leur intelligence supposée n'est pour rien dans l'histoire. Donc, si je résume : je n'ai rien contre Obama spécifiquement, il est comme n'importe quel homme politique (plus brillant que les autres, mais enfin) et n'a aucune chance de répondre à une attente qu'on serait en droit de lui opposer.

Il ne susciterait donc que de l'indifférence chez moi, s'il n'était pas l'objet d'un invraisemblable engouement international. Et là je renvoie plus spécialement à Nabe. C'était une véritable communion générale ici en France parce qu'Obama était élu. Ce n'était certes pas pour son programme économique génial ou pour sa politique extérieure formidable. C'était bel et bien parce qu'on voyait un noir à la Maison Blanche. Le rêve de MLK était réalisé. Et c'était ça, le rêve américain. Et que ce n'était possible qu'aux USA (tu parles... et Morales pour ne prendre qu'un exemple ?). Or, si Obama est "noir", il n'est pas "nègre". Il n'est pas ce qu'on croit voir en lui. Ce n'est pas du tout la réalisation du rêve de MLK, c'est même le contraire. On est content parce qu'un noir est Président. C'est-à-dire qu'on juge le type à sa couleur de peau. C'est du racisme, tout simplement. Et ce racisme est déguisé sous l'antiracisme le plus sincère. C'est par la plus belle admiration de MLK qu'on saute de joie aujourd'hui. Et le fait est qu'il n'a pas mené une campagne de nègre, et pour cause. S'il l'avait fait, jamais il n'aurait été élu.

Il y a aussi que l'Europe voulait voir une Amérique sous un meilleur visage. Bush était vraiment très très méchant. Obama remplit donc la fonction de redorer un blason. Juste par sa couleur de peau. Car dans les faits, rien ne changera. Ce qui aurait donc suscité les hauts cris si Bush l'avait conduit, ça passera comme une lettre à la poste puisque c'est le gentil Obama qui le fera. Autant dire que c'est à mes yeux encore plus inquiétant. Moi, ce n'est pas Bush qui m'écoeurait, mais l'occupation de l'Afghanistan. Sous Obama elle reste la même. Du moins trouvait-on des opposants du temps de Bush. Maintenant, tout va bien, la pacification est certainement en cours. En tout cas, l'opium doit arriver au Kosovo, pas de problème. Bref.


Voilà, je vais en rester là. Je ne sais pas du tout si ce petit billet rend plus claire ma position. Elle résulte du décalage entre mon opposition politique et l'engouement ambiant lequel ne me dit vraiment rien qui vaille.

PS : j'ajoute au sujet de ma phrase jugée provocante dans ma revue du concert d'Ahmad Jamal [D'ailleurs, il n'a pas été invité par Obama, comme aucun des grands jazzmen vivants, lors de l'investiture de ce dernier, ce qui à la fois déshonore Obama et honore Jamal.] Ce n'est pas de la provocation. Je pense vraiment que c'est honteux pour un artiste de célébrer un pouvoir quelqu'il soit, ça c'est mon côté anar, et je suis donc heureux que Jamal n'ait pas eu à se compromettre de la sorte. En revanche, cette absence n'est pas une source d'honneur pour Obama.

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22 mars 2009

Et c'est ainsi qu'Ahmad Jamal est grand.

Ahmad_JamalLe printemps m'apporta un miracle. Les quelques dernières semaines écoulées, je m'immergeais joyeusement dans le jazz, aussitôt converti ; et l'une des figures m'ayant le plus marqué était peut-être celle d'Ahmad Jamal. Ce vendredi 20 mars, je pars donc à la recherche d'informations le concernant lorsque je tombe sur une phrase qui retient mon attention : "Ahmad Jamal en concert". Je n'y crois pas. J'estime la vérification indispensable. Et quelle ne fut pas alors ma stupeur de constater une réponse dans le moteur de recherche du marchand de culture ? Je n'étais pas au bout de mes surprises. Le concert était prévu à Lyon, à l'Auditorium. Diantre ! La lucidité devait me quitter à ce moment-là. Et c'était regrettable, puisqu'il me fallait encore prendre connaissance de la date : "21 mars 2009". De par ma chandelle verte ! Le sang-froid ayant été définitivement perdu, je ne savais plus si la date du jour était le 20, le 21 ou le 22. Nous étions bel et bien le 20 et il ne me restait plus qu'à aller me procurer, fébrilement, ma place (l'une des dernières) pour aller voir le lendemain sur scène l'un des derniers grands jazzmen ! Stupéfiant.

21 mars 2009, 20h30. Les lumières s'éteignent. Les musiciens entrent. James Cammack à la basse, James Johnson à la batterie et Manolo Badrena aux percussions. Et voilà Ahmad Jamal, avec sa démarché hésitante de vieille légende. C'est parti. Il va malheureusement m'être assez difficile de parler des morceaux. Je me contenterai donc de faire part de mes impressions. Il s'agit d'être clair : ces presque deux heures de concert étaient fabuleuses. Le jazz a cette puissance dans ses gènes qui bouleverse, choque même. Nietzsche disait qu'on écoute avec les muscles. Oui. Pour le jazz, on l'écoute avec les muscles lisses, avec les tripes, cette musique prend au ventre et terrasse tout sur son passage en élevant vers d'insensés cimes l'auditeur. Ce sentiment ne se rencontre nulle part ailleurs, je crois. "Sans la musique, la vie serait une erreur" - Nietzsche, toujours. Le jazz est la Musique.

Jamal maintenant. Il est impressionnant - on s'en serait douté. Que fait Ahmad Jamal qui n'en fait pas un humain comme un autre ? Il pointe de l'index, et il le pointe vers ses musiciens. Je sens le doute poindre : vous vous dites qu'il est tout à fait normal de pointer de l'index, surtout en France, surtout pour désigner les bougnoules à expulser du territoire. C'est à la mode. Hélas ! vous n'avez rien compris. Car il ne fait pas de la délation, il organise son concert. Il donne ses ordres. Et on s'exécute. 220px_Ahmad_jamalVoilà le moment où il lance un défi à son bassiste, qui prolonge les notes de son piano et se lance dans un solo sous le regard du maître. Interminable. Le maître en arrive à poser les bras sur son piano, puis regarde le batteur comme pour indiquer à un autre élève quelque chose qu'il fallait remarquer dans ce solo. [je pense un peu au sketch de Coluche : "Ah celui-là quand il commence, y en a pour des heures"] Et finalement le maître reprend la parole. Magistral, et pour cause. Ce n'est pas tout. Jamal se démarque du commun des mortels par sa capacité à faire rire. Il joue avec son batteur, s'en amuse comme un gamin de 79 ans, et tape furieusement les notes de son piano dans un grand éclat de rire. Communicatif, le rire. Où l'on vérifie qu'il n'y a nul besoin d'être humoriste pour faire rire. Au contraire, peut-être, de nos jours. Tout le concert fut grandiose. Alternent les percussions furieuses du percusionniste cubain sorte de Papageno psychopathe, les emballements d'ensemble, les notes de Jamal à peine effleurées. Non, il n'enlève pas la poussière de ses touches, il joue la note telle une plume tombant dessus. Une ligne de basse en particulier m'a époustouflé : elle évoquait. Quoi ? C'est bien la question ! Peut-être une armée pléthorique en ordre de marche, mais qui ne ferait pas hurler le métal et cracher le feu, mais sautillerait au contraire dans les herbes et les ruisseaux. Voilà, j'en arrive à écrire n'importe quoi. La seule raison en est mon incapacité à trouver les mots pour être à la hauteur de ce dont je fus témoin ce soir. J'abandonne. Ahmad Jamal est trop grand. D'ailleurs, il n'a pas été invité par Obama, comme aucun des grands jazzmen vivants, lors de l'investiture de ce dernier, ce qui à la fois déshonore Obama et honore Jamal. Respect.

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20 mars 2009

Ahmad Jamal à l'Auditorium de Lyon

Billet_Ahmad_Jamal



C'est ce samedi soir. Je n'en dis pas plus pour le moment. Ce serait peu dire que je suis content.

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13 mars 2009

Horresco Referens

Tout d'abord, bien le bonjour à ceux qui cherchent le "titre film muet Anton Corbijn" car je vois que vous êtes nombreux à tomber chez moi (pas trop mal ?) au moyen de ces mots clés. Ce film, remarquable par ailleurs, est intitulé Linear et accompagne ... No line on the horizon de U2. Je vous le conseille, le film, pas l'album.  Malheureusement, pour le voir, il faut se procurer une box au prix honteux (50 €) ou un digipack au prix plus raisonnable (19 € je crois). Ainsi va la vie et les sacrifices qu'elle demande inévitablement. Le pire n'est pas financier, du reste, mais bel et bien de devoir supporter des titres magnifiques tels Get on your boots ou I'll go crazy if I don't go crazy tonight (oui, oui, c'est bien le titre, heureusement remplacé sur le film par Winter, quoique l'intro de ce dernier titre est une honte invraisemblable). Voilà, vous êtes renseignés. De rien.


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Il y a quelques semaines, je vous avais parlé d'une scission de ce blog d'avec lui-même, pour en donner une branche disons plus clairement littéraire. Je n'ai pas abandonné l'idée. C'est simplement aussi difficile que je l'avais imaginé. J'ai pour le moment écrit 5 textes, et garde une bonne dizaine d'idées en rayon. J'ai l'impression de faire de mon mieux. Mais j'ai aussi le sentiment que c'est... nul. Eh oui. Ceux qui me connaissent un minimum ne seront pas surpris. Je ne dis pas ça pour qu'on me dise le contraire, ou pour me la jouer un peu façon Beigbeder "ouais je casse ce que je fais, c'est déjà génial mais je vaux bien mieux". Je le dis parce que ça l'est, et c'est bien logique pour un premier essai. Bon, le pire, c'est quand je relis du Cavanna. J'ai la terrible impression de faire pareil... en moins bien évidemment. En même temps, je m'y attendais, je l'avais dit : je suis abreuvé de Cavanna, Desproges, Vialatte, etc. et ce sont eux qui me donnent envie d'écrire. Il va me falloir surmonter cette difficulté. Ce n'est pas la seule, c'est du moins la principale. Voilà, certains sont impatients. Mais ce n'est pas encore pour demain. Je peux d'ores et déjà, pour faire mon représentant de commerce (pouah), vous offrir le nom que porteront ces futures chroniques : Horresco Referens. Je pense que je vais vous laisser vous poser des questions quant à ce titre.

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10 mars 2009

BLACK // HEARTED // LOVE

blackheartedlove

Voilà. J'étais tout occupé à maudire le rock. Il y avait de quoi, en tout cas à mes yeux. Rien que U2 offrait suffisamment de matière pour des millénaires de moqueries en tous genres. Et pourtant je les aime bien, ces ahuris. Je maudissais le rock, je découvrais le jazz - ce dont je vous reparlerai, tenez-le vous pour dit. Il a pourtant suffit qu'une Péronnelle y aille de sa remarque : "hum on n'aurait pas négligé quelques trucs là?" ; et de son lien pour réveiller (au sens propre tout autant qu'au sens figuré). Pour réveiller quoi ? Pour réveiller. Car PJ Harvey est de retour. Avec John Parish. Pour un nouvel album. A Woman A Man Walked By. Il sort le 30 mars, autant dire demain. En attendant, on peut écouter le premier single, au fabuleux titre Black Hearted Love. Le dernier album avait de quoi laisser pantois - personnellement il m'a beaucoup plu. On revient à du plus sagement pijesque (bel oxymore non ?). La voix est stupéfiante (évidemment, après une cure de Bono, ce n'est pas pareil), les guitares obsédantes, ce titre est vraiment vraiment jubilatoire. Les commentaires ne marquent pourtant que la déception des fans, qui trouvent cela "mou". Plaît-il ? Oui, il me plaît. Il n'y a pas à dire, ça fait du bien.

BLACK

HEARTED

LOVE

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Posté par Assouf à 00:17 - - Commentaires [2] - Permalien [#]